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Galerie du Centre
30 Janvier - 25 Mars 2016
PROWELLER*
« L’Avenir est d’un rose très très pâle… »
« L’Avenir est d’un rose très très pâle… »

Nu en marche
Huile sur toile - 92 x 73 cm - 1966

Printemps 1972.

Seul dans son atelier de Créteil — sa femme Rena est hospitalisée — Proweller vit une période de profonde solitude professionnelle et personnelle. Il délaisse le stylo pour se confier à un magnétophone.

« On nous propose des foires du Trône de toutes sortes, on nous propose des distractions,(…) des saloperies multiples où le public est dupe, où on lui inflige un nivellement par le bas depuis deux mille ans pour abuser de lui,(…). C’est peut-être le plus gros problème ; il est difficile à résoudre. Chaque fois que nous nous heurtons  à un public non préparé, nous constatons l’existence de cet écart énorme que l’on ne peut combler par rien. »
En quarante minutes d’enregistrement, Proweller va tenter d’élucider le plus objectivement possible le fossé qui le sépare de ses contemporains, qui sépare tout artiste de ses contemporains. Il  essaie de cerner l’incompréhension dont sa peinture fait l’objet depuis qu’il a choisi de quitter la route de l’abstraction géométrique vingt ans auparavant.

En outre, il a mal vécu d’avoir été oublié  par  Mythologies Quotidiennes 1 en 1964, et d’être privé de galerie et d’exposition particulière depuis 1969. Il ignore que sa solitude sera brisée l’année suivante grâce à Guy Resse de la Galerie La Roue et à Dora Vallier saluant sa « peinture  semblable à un acte de foi ». Il ignore qu’en 1976, on l’invitera à Mythologies Quotidiennes 2 et que Henry Galy-Carles le présentera comme le « précurseur qui dès 1953 oeuvrait déjà dans cette ligne » de la « néofiguration post-abstraite ». En ce printemps 1972, Proweller ne se doute pas qu’il sera bientôt veuf et qu’il lui reste moins de dix ans à vivre.

Face à son « radio-cassette », il s’applique à théoriser sa solitude d’artiste afin de la supporter, de lui donner du sens. « Puisque la paroi du malentendu est si étanche et presque nécessaire, on est porté à croire qu’elle a sa raison d’être ; que c’est une oppression presque naturelle et que la nature de la société, la nature de l’homme et de l’univers l’exigent. Dans ce cas, comment se fait-il que l’artiste cherche à se faire comprendre ? Comment se fait-il qu’il ne peut se contenter de travailler dans l’obscurité complète et accepter cette paroi de surdité si épaisse ? » Proweller refuse tout enfermement, toute capitulation. Il cherche ardemment une lueur d’espoir comme il l’a toujours fait aux pires moments de sa vie. On retrouve dans ce long monologue le même souci humaniste voire universaliste que celui qui irrigue ses toiles. On y entend la voix d’un peintre qui cherche à conserver l’espoir mais souffre du désir inassouvi d’un « sentiment de communion et de fraternité » avec ses pairs. C’est pourquoi il conclut cet enregistrement resté confidentiel de son vivant, par ces mots qui inspirent l’accrochage 2016 :

«  L’avenir est d’un rose très très pâle ; c’est le rose d’avant l’aube peut-être, mais très très lointain…un avenir (…) où la société pourra et parviendra à élever tout citoyen à un niveau d’éducation, où l’individu ni aligné ni nivelé, mais  au contraire épanoui, saisira l’affaire des hommes de la même façon que s’en saisissent certains individus marqués d’une façon pathologique par le hasard tout à fait extraordinaire de ceux qui ont le droit ou la tâche de s’appeler « créateurs ».
Ces paroles extraites de la « cassette printemps 1972 » résonnent plus que jamais d’une étrange actualité, de même que sa peinture qui quarante ans plus tard nous apparaît ô combien contemporaine, « cette peinture qui ne témoigne pas d’un optimisme béat mais plutôt d’une joie distanciée teintée d’humour et de tendresse, située dans cette zone de sérénité que l’on atteint qu’après avoir beaucoup souffert. » comme écrira Jean-Marie Gibbal en 1974.

Si cette nouvelle exposition Emanuel Proweller, a  choisi de montrer «  la joie distanciée teintée d’humour et de tendresse » de sa peinture avant-gardiste, c’est pour partager avec le plus grand nombre un peu de ce « rose très très pâle » qu’il entrevoyait.

Alain Matarasso

* artiste précurseur de la Figuration Narrative, reconnu comme tel par les fondateurs du mouvement Rancillac et Télémaque.

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