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Daniel Authouart dessine comme on prend des notes. Avec lui, même une liste pour les courses devient une succession de petits croquis : il « croque » une pomme à la place du mot « pommes ».
Daniel Authouart dessine tout le temps, carnet en poche, en vue de ce qui deviendra plus tard une de ces immenses toiles dont il a le secret. La multitude des détails qui font l'éternelle découverte, I'éternelle « relecture » de ses peintures si denses, provient de ces traits furtifs jetés un jour sur la page d'un bloc . Et ce sont ces « notes », ces dessins, qu'il a décidé, cette fois, d'exposer. A ses risques et périls, en quelque sorte, puisqu'un artiste préfère, en général, livrer au regard des autres son travail abouti plutôt que ses esquisses. Il faut être un grand écrivain pour accepter de rendre publics ses brouillons, ses premiers jets. Daniel Authouart est un grand peintre qui n'a pas peur de montrer ses dessous, pour volr
Et ce sont de vrais dessous, il y a de l'intimité dans l'air dès le premier des trois volets de cette expo pas comme les autres. Un volet osé: il s'agit du contenu intégral d'un cahier rempli de dessins qui racontent une douleur - la mort de sa mère, au début des années 70 - à travers des fantasmes assez dérangeants. S'imaginer se livrant à une débauche sexuelle dans un hopital glauque, au moment - méme où, dans une chambre voisine, au bout du couloir, sa mère, que l'on était censé veiller, s'éteint, c'est tout de méme bizarre, non ? Non. Authouart, pour se délivrer de la souffrance, pour se délivrer du mal aussi, n'avait pas trouvé mieux, à l'époque, que de s'enfermer dans ces représentations claires et nettes d'une mauvaise conscience obscure. Il s'imaginait, pour finir, retournant dans ce ventred'où l'on vient, identique aux ventres caressés juste avant
Voilà ce qu'il dévoile, ce qu'il déballe, aujourd'hui, sous nos yeux surpris. L'air de nous dire: « Vous me cherchiez dans le fouillis de mes toiles. Et là, vous me trouvez comment ? »
On le trouve pleinement artiste, une fois de plus, s' « exposant » plus que jamais puisque se mettant à nu sans retenue. Et l'on salue le maître pour sa sincérité, en attendant la suite.
Ces « dessins à dessein » marquent une pause dans une oeuvre déjà foisonnante. Le deuxième volet rassemble un certain nombre de ses « coups de crayon » donnés au fil des décennies. Quant au troisième, il réunit des dessins datant de ces dernières semaines, spécialement improvisés pour ce rendez-vous avec la Galerie du Centre. Comme un cadeau. C'est un cadeau.
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